De Puerto Natales à Punta Arenas

Publié le par Jean-François

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Vue générale de Puerto Natales, au bord du Canal Señoret (Pacifique).

 

Jeudi 8 octobre 2009.

 

Aujourd'hui, je dois prendre un bus régulier pour la ville de Punta Arenas, à l'extrême sud du Chili. Mais avant d'évoquer ce voyage, je vais faire une digression en parlant de Puerto Natales, où je me trouve depuis mardi.

 

Avec moins de 20.000 habitants, Puerto Natales (ici, tout le monde dit simplement Natales) est toutefois la capitale de la province d'Última Esperanza. Coincé entre le Pacifique et la frontière toute proche avec l'Argentine, le bourg est situé dans la partie sans doute la plus étroite du Chili. Ce n'était au commencement qu'un modeste village de pêcheurs fondé en 1911, qui s'est développé récemment grâce au tourisme et à la proximité des glaciers Balmaceda et Serrano, et surtout du Parc national Torres del Paine. Comme souvent en Patagonie australe, c'est une ville-champignon née de l'amoncellement de maisons de tôle aux couleurs vives, posées autour d'un réseau de rues en damier tracé dans la précipitation ; mais l'ambiance y est toutefois beaucoup moins affairée qu'à Ushuaia ou El Calafate.

 

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En dehors de deux ou trois rues centrales, une torpeur encore hivernale s'est abattue sur la ville. C'est qu'en ce mois d'octobre, nous sommes en saison basse. Ici, on se sent vraiment au bout du Chili, au bout de la Patagonie, au bout du monde tout court ; cette impression est renforcée par le fait que les quelques rues escarpées du bourg viennent presques toutes mourir sur le Pacifique, vedette incontestée du lieu et dont on respire en permanence l'odeur fortement iodée.

 

DSCN7494-bLa rue se termine avec le Pacifique...

 

Le centre s'est organisé autour de la Plaza de Armas, bordée d'une église très simple et d'une mairie qui évoque curieusement certaines villas du Touquet Paris Plage...

 

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Mais ce qui caractérise le plus cette petite ville, ce sont bien sûr les couleurs qui explosent de toute part, des humbles maisons de pêcheurs jusqu'aux magasins du centre...

 

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Dernier regard sur Puerto Natales...

 

Mais après cette rapide évocation de Puerto Natales, revenons maintenant à mon départ pour Punta Arenas. Comme il n'y a pas de terminal routier ici, je me rends directement, en ce jeudi matin, au siège de la compagnie de bus, où j'arrive à 8h30. Le ciel est couvert - le Pacifique est tout gris ! -, mais il ne pleut pas. Le départ a lieu à 9h précises, décidément il apparaît que les bus sont beaucoup plus ponctuels que les avions en Patagonie ! La presque totalité des passagers sont des Chiliens. Punta Arenas est à 254 km de Puerto Natales, et la route qui y mène est la Ruta 9, la fameuse route australe. Elle est plutôt ennuyeuse, toute droite et bordée à gauche comme à droite par la steppe patagone. A gauche, dans les lointains, on aperçoit un lac gigantesque, la Laguna Blanca ; à droite, la cordillère des Andes, avec ses sommets enneigés. Un peu partout, délimitées par des barrières, il y a de vastes estancias ; la plupart sont équipées d'antennes gigantesques qui leur permettent de communiquer avec le reste du monde. Dans le bus, tous les passagers ou presque dorment. Les choses deviennent plus intéressantes lorsque le Détroit de Magellan apparaît enfin sur la gauche. De l'autre côté du bras de mer, on devine les côtes de la Terre de Feu chilienne.

 

Nous arrivons finalement à Punta Arenas à 12h10, sous un ciel maussade. Je laisse mes bagages au siège de la compagnie de bus, et pars à la découverte de cette ville de quelque 125.000 habitants. L'ambiance y est très différente de celle des autres villes de Patagonie. Ici, il y a un passé, une histoire. Tout autour de la Plaza Muñoz Gamero d'opulents hôtels particuliers ont été édifiés, qui témoinent d'une richesse passée. A la fin du XIXe siècle, la ville - très bien placée le long du Détroit de Magellan - s'est en effet enrichie avec l'élevage et le négoce des moutons, au prix d'un véritable génocide des populations locales (indiens Onas). De grandes familles firent fortune, au rang desquelles on compte les Menéndez et les Braun, qui finirent d'ailleurs par s'allier.

 

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De gauche à droite et de haut en bas : Palais Sara Braun, Centre culturel Braun-Menéndez, Municipalité et Hôtel du gouvernement de la province de Magallanes.

 

Disons les choses : ces bâtiments Belle Epoque et le temps gris qu'il fait aujourd'hui me donnent presque l'impression d'être rentré en Europe ! Au centre de la Plaza Muñoz Gamero, une statue rappelle que Hernando de Magallanes a découvert le détroit qui porte désormais son nom en l'an de grâce 1520. La ville, quant à elle, ne fut fondée qu'en 1848.

 

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José María Menéndez Menéndez (1846-1918), l'un des principaux éleveurs de moutons et négociants de la ville, a lui aussi droit à sa statue, qui commémore le centenaine de son établissement à Punta Arenas.

 

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A l'est de la place, la iglesia catedral del Sagrado Corazón signale que Punta Arenas est aussi le siège d'un important évêché, qui s'étend de Puerto Natales à la Terre de Feu. Elle a été construite en 1901.

 

DSCN8050-c.jpgCathédrale del Sagrado Corazón de Punta Arenas.

 

Mais Punta Arenas, c'est bien sûr aussi son port sur le Détroit de Magellan, qui a fait sa fortune. Il est malheureusement l'objet d'importants travaux de rénovation pour une année entière, ainsi que le signale une banderole municipale. Tout au long de la costanera, ce ne sont que grues et marteaux-piqueurs. Tant pis, les belles photos du port, ce sera pour une autre fois...

 

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Face au détroit de Magellan, une fresque murale semble avoir échappé miraculeusement à cette fièvre de travaux :

 

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Le Détroit de Magellan le voici, bien triste en ce jour si gris. Mais la province de Magallanes est justement réputée pour son temps difficile, et pour les nombreuses tempêtes qui l'assaillent régulièrement.

 

DSCN8080-bLe Détroit de Magellan à Punta Arenas.

  DSCN8093-bUn énorme navire chilien ancré sur le Détroit de Magellan, à Punta Arenas.

 

Mais l'heure a tourné, il est déjà plus de 15h et il est temps de penser à déjeuner. Je me contente finalement de quelques empanadas (chaussons au poulet et au fromage) dans un petit restaurant du centre. Je monte ensuite au Cerro de la Cruz, à l'ouest de la Plaza Muñoz Gamero, d'où l'on jouit d'un très beau point de vue sur la ville et sur le Détroit de Magellan. Un peu plus de soleil aurait toutefois été le bienvenu...

 

DSCN8116-bVue générale de Punta Arenas depuis le Cerro de la Cruz. Au fond, le Détroit de Magellan.


DSCN8124-bLes toits multicolores de Punta Arenas.

 

DSCN8145-bParis : 13.280 km...

 

A peine ai-je terminé de prendre ces photos qu'il se met à pleuvoir, faiblement mais de  façon continue. De toute façon, je dois maintenant retourner à la compagnie de bus pour y récupérer ma valise, et trouver un taxi pour m'emmener à l'aéroport. Ce soir, je prends en effet un vol pour Santiago du Chili. Non sans tristesse, je fais mes adieux à la Patagonie et à toutes les merveilles qu'elle recèle, tant du côté chilien qu'argentin. Cette nuit, je serai dans la capitale du Chili, ce sera l'objet du prochain article de ce blog.

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Publié dans Villes

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banyan 20/04/2010 18:40


Fabuleux voyage et fantastique production photo. Qualité de reportage!
J'y devine déja une expérience certaine, un amour de la découverte de la Terre et des Hommes, de la vie, quoi!.
Chaque image a son lot d'informations ne laissant pas indifférent.
J'arrête, car de toutes façons, tu le sais.
En regard de ce qui est dit et proposé "à voir", mon commentaire est d'une banale platitude.

Peut-être irais-je un jour dans ces régions, qui sait?

Gabian


Jean-François 21/04/2010 08:31



Merci beaucoup pour ce commentaire ! J'irai voir tes photos et ton blog dès ce soir. Et merci d'avoir mis un lien sur ton blog, j'en ai fait de même sur le mien.
A très bientôt.