Du Parc de la Terre de Feu au Canal de Beagle

Publié le par Jean-François

DSCN4341-bLa Bahía Lapataia, dans le Parque nacional Tierra del Fuego.


Mercredi 30 septembre 2009.

Comme hier, le temps est clair mais légèrement nuageux. Aujourd'hui, j'ai choisi d'aller passer la matinée au Parque nacional Tierra del Fuego (Parc national de la Terre de Feu), puis de faire cet après-midi une excursion sur le Canal de Beagle, jusqu'au phare des Eclaireurs.

Parque nacional Tierra del Fuego
Peu avant l'entrée du parc, se trouve la gare du Tren del Fin del Mundo, le train du bout du monde. Entre 1909 et 1947, les prisonniers du bagne d'Ushuaia utilisaient - sous bonne garde ! - un train très rudimentaire qui circulait au même endroit, le long du Rio Pipo. Le but de leur voyage était de couper les arbres qui s'y trouvaient alors, les Nothofagus (hêtres du sud). Environ 700 stères de bois étaient ainsi coupés et chargés chaque jour, pour le chauffage et la production d'électricité du bagne. Aujourd'hui la forêt a disparu, mais les souches des arbres coupés sont encore visibles, témoins de ces temps révolus. Depuis 1994, un train touristique - qui est aussi le plus austral du monde -, ressuscite les 7 derniers kilomètres de cette voie qui en comptait initialement 25.

DSCN4115-b






Les voitures soigneusement
entretenues du
Ferrocarril
Austral Fueguino.






Drapeaux argentin et de la
province de Terre de Feu
se côtoient ici.


DSCN4116-bDSCN4123-b










Le Tren del Fin del Mundo
est certes très touristique,
mais c'est un excellent
moyen d'admirer les
paysages de la vallée
du Rio Pipo et de la
partie orientale du
Parque
nacional Tierra del Fuego.




Le spectacle qui est offert est réellement magnifique, cette nature fuégienne est, tout comme la lumière déjà antarctique qui l'habite, très particulière. Les souches laissées ça et là par les bagnards et les nombreux arbres morts - oeuvre du vent, des inondations et des castors - créent une ambiance très spéciale, étrange, désolée et sauvage tout à la fois. Partout, les cimes enneigées du Cordón de Guanaco nous rappellent que nous sommes ici sur la "queue des Andes"...

DSCN4153-bPaysage de la vallée du Rio Pipo, au pied du Cerro Guanaco (973 m).
A cet endroit se trouvait il y a un siècle une forêt. Les troncs coupés sont encore bien visibles.

DSCN4158-bSouche d'un arbre coupé par un ancien bagnard d'Ushuaia.

DSCN4162-bLe Rio Pipo dessine d'incessants méandres.

DSCN4206-bVestiges d'une forêt coupée par les bagnards.

DSCN4210-bChevaux fuégiens.

Nous arrivons bien vite à la gare du Parc, terminus de la ligne. Des bus proposés par les agences de voyages d'Ushuaia permettent de poursuivre la visite du Parc national de la Terre de Feu jusqu'à la frontière avec le Chili voisin. Après quelques kilomètres de route dans une forêt dense de coihues, de canelos et de lengas, des espèces locales, nous arrivons en bordure du magnifique Lago Roca, qui pénètre largement en territoire chilien.

DSCN4240-bLe Lago Roca.

DSCN4274-bLes eaux calmes du Rio Lapataia.

DSCN4285-bUne Argentine déguste un matecito au camping du Lago Roca.

Des animaux introduits par l'homme en Terre de Feu, tels le lapin européen et le castor d'Amérique du Nord, ont profondément bouleversé l'écosystème fuégien. En construisant un peu partout des barrages, les castors ont notamment provoqué des inondations et détruit des hectares de forêt. Quelque 25 couples ont été introduits par l'Armada argentine en 1946, pour développer l'industrie de la fourrure, ils sont désormais plus de 40.000 couples ! Malgré leur activité incessante, il est particulièrement difficile de les voir.

DSCN4301-bVallée inondée par le travail des castors. Leur présence dépeuple le parc de ses arbres.

DSCN4306-b.jpgUn arbre rongé par les castors.

L'étape suivante est le panneau qui marque l'extrêmité sud de la Ruta nacional 3, la route qui traverse toute l'Argentine, depuis le Brésil jusqu'à ce point précis, en passant par Buenos Aires, à plus de 3.000 km au nord. Au-delà, elle prend le nom de Panaméricaine, et remonte jusqu'au nord de l'Alaska, à près de 18.000 km ! Les Argentins adorent se faire photographier à côté du panneau "Aqui finaliza la Ruta Nac. N°3" (ici se termine la route nationale n°3).

DSCN4308-bPanneau marquant le bout de la nationale 3.

DSCN4360-b


DSCN4328-b















Un couple de bandurrias ou ibis à face noire.         

Usted esta aqui : vous êtes ici...

Passés ces panneaux, un sentier conduit à la Bahía Lapataia (baie Lapataia), qui ouvre majestueusement sur le Canal de Beagle. Là encore, le spectacle est magnifique, avec cette lumière légèrement tamisée propre à la Terre de Feu. Soudain, de gros oiseaux au long bec se posent en poussant des cris proches du klaxon d'une voiture, ce sont des bandurrias ou ibis à face noire (voir ci-dessus).

DSCN4349-bLa Bahía Lapataia, sur fond de cordillère de Darwin.

La vallée du Rio Pipo, le Lago Roca et la Bahía Lapataia sont les seuls endroits du Parque nacional Tierra de Fuego qui se visitent. Tout le reste des 630 km2 du parc est classé reserva natural estricta, c'est-à-dire strictement interdite aux visiteurs.

Canal de Beagle
L'après-midi à Ushuaia, je prends place dans un catamaran pour aller découvrir le Canal de Beagle, large bras de mer qui relie le Pacifique à l'Atlantique, au sud de l'Isla Grande de Tierra del Fuego. Il mesure environ 240 km de long et sa largeur minimale est de 5 km. Ce canal est bordé par deux chaînes parallèles de la cordillère de Darwin, dont les sommets sont toujours enneigés en ce mois de septembre. La rive nord se trouve en Argentine, alors que celle du sud est au Chili. Mais notre catamaran n'a l'autorisation de naviguer que dans les eaux territoriales argentines. Les garde-côtes chiliens veillent... Bientôt, notre bateau s'écarte de la jetée et traverse la baie d'Ushuaia. Sur le pont du catamaran, il fait un froid assez vif, que le spectacle fait vite oublier.

DSCN4366-bLa baie et la base navale d'Ushuaia.

DSCN4388-b















Le port d'Ushuaia
vu du Canal de Beagle.


DSCN4392-b















En route sur
le Canal de Beagle.




Après quelques minutes de navigation seulement, le catamaran ralentit, nous approchons d'une première île couverte de cormorans et de quelques lions de mer (otaries).

DSCN4405-bCormorans et lions de mer cohabitent sur ce rocher, à quelques encablures d'Ushuaia.

L'île suivante a pour nom Bridges, en hommage au pasteur qui a dirigé la mission à l'origine d'Ushuaia. Le bateau y accoste, et nous descendons y faire une courte randonnée. En plein centre du Canal de Beagle, à la limite des eaux territoriales chiliennes, le site est superbe.

DSCN4425-bVue en direction d'Ushuaia depuis l'Ile Bridges.

DSCN4443-b




















Le Canal
de Beagle
vu depuis
l'Ile Bridges.

DSCN4439-bDSCN4422-b


























Après être remontés sur le bateau, et avoir parcouru quelques kimomètres, nous arrivons en vue de l'Isla de los Pájaros (l'Ile des oiseaux) où sont réunis des quantités de cormorans.

DSCN4474-b


















Les cormorans
de
l'Isla de
los Pájaros.

DSCN4484-b


























Après quelques kilomètres, nous nous effleurons ensuite l'Isla de los Lobos (l'Ile des Lions de mer). On y voit également quelques cormorans.

DSCN4532-b























DSCN4534-bDSCN4537-b




















Nous arrivons au terme de notre croisière sur le Canal de Beagle en tournant autour du Phare des Eclaireurs. Construit en 1920, il sert à prévenir les bateaux des dangers de l'archipel des îlots Les Éclaireurs, dont l'Isla de los Lobos fait également partie.

DSCN4551-bbDSCN4587-bbLe phare Les Eclaireurs.

DSCN4498-bDe retour à Ushuaia.

Après cette belle excursion sur le Canal de Beagle, je retourne passer la soirée à Ushuaia, où je dîne notamment d'une excellente centolla ou araignée de mer, l'un de ces crabes géants qui pullulent dans les profondeurs du canal. Demain, j'ai prévu de grimper en haut du Glacier Martial, qui domine la ville et le Canal de Beagle. Ce sera l'objet du prochain article de ce blog.

Publié dans Parcs nationaux

Commenter cet article