En route pour le toit du Nouveau Monde

Publié le par Jean-François

DSCN3073-bPaysage andin vu de la Ruta nacional 7.

Jeudi 24 septembre 2009.

A mon réveil, un peu avant 6 heures, je constate que le temps est clair et que le ciel est étoilé (de ces étoiles qu'on ne voit pas dans l'hémisphère nord). J'en suis heureux, car on m'a indiqué qu'il a neigé hier sur les Andes, et j'étais quelque peu inquiet quant au temps d'aujourd'hui et à l'état de la route.

La route, c'est elle qui sera la vedette de la journée, avec bien sûr les Andes qu'elle traverse. Il s'agit de la fameuse Ruta nacional 7, aussi appelée Camino de los Andes, le Chemin des Andes... Elle fait partie de la Panaméricaine, et mène au Chili, via un tunnel creusé sous la cordillère, qui sera le point final de notre promenade du jour. De Mendoza à ce tunnel, quelque 200 km sont à parcourir, qui nous feront grimper de 700 m à plus de 3.000 m. Si le temps reste DSCN2863-bclair, nous pourrons observer l'Aconcagua (6.962 m), le plus haut sommet de tout le continent américain. A 7h30, on vient me chercher à l'hôtel. A mon grand soulagement, le "groupe" n'est constitué que d'une petite dizaine de personnes, tous des Argentins (Porteños pour la plupart) ou des Brésiliens. Le jour s'est levé, et il fait un temps vraiment splendide. Le jeune guide me dit que le ciel sera normalement dégagé toute la journée sur les Andes, je suis rassuré ! En quittant Mendoza, nous traversons d'abord une plaine aride parsemée d'oasis et de bodegas entourées de vignes (ci-contre). Vers l'ouest, le regard se porte au premier plan sur une chaîne de montagnes non enneigées, c'est la précordillère, puis à l'arrière plan sur les cimes complètement blanches du Cordón del Plata, c'est la cordillère orientale. Dès le départ, le spectacle est déjà spendide... Après avoir dépassé Lujan de Cuyo, la route affronte véritablement la vertigineuse muraille de la cordillère, c'est saisissant !

DSCN2884-bEn route pour les Andes, au pied de la précordillère et du Cerro el Plata (6.100 m)...

C'est la fin de la plaine, la route ne va plus cesser de grimper maintenant. Dans un premier temps, nous allons monter vers le nord, en direction du bourg d'Uspallata, puis de là nous nous dirigerons vers l'ouest, jusqu'au tunnel. La route est très fréquentée par des camions de transport international, c'est en effet l'une des principales voies terrestres de communication entre l'Argentine et le Chili, mais aussi entre l'Atlantique et le Pacifique.

DSCN2926-bDes camions les uns après les autres...

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Malgré des conditions
climatiques souvent
extrêmes, la route est
parfaitement entretenue.





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Des mastodontes de fer
devalent inlassablement
cette route. Parfois, les freins
lâchent, et la course se
termine dans le ravin...



DSCN2931-bLes montagnes sont littéralement sculptées par l'érosion.

La route longe en fait le cours du Rio Mendoza, qui prend sa source dans les hauts sommets de la cordillère, dans le secteur de l'Aconcagua, et descend en serpentant jusqu'à la ville éponyme. A Potrerillos, à environ 45 km de Mendoza et à 1.351 m d'altitude, un vaste lac de retenue a été aménagé à partir de 2001, pour améliorer l'alimentation en eau potable du Gran Mendoza. Le plan d'eau ainsi créé est devenu une station balnéaire très prisée des Mendocinos, notamment durant les week-ends. Notons cependant que l'aménagement de ce lac n'a pas fait que des heureux, puisque quelque 85 familles ont dû être relogées dans un nouveau village...

DSCN2913-bLe lac de Potrerillos au petit matin.

A mesure que nous progressons vers Uspallata, les cimes des montagnes environnantes commencent à être enneigées : nous laissons derrière nous la précordillère et arrivons en vue de la cordillère orientale. C'est le début des choses sérieuses ! Les paysages sont d'une beauté à couper le souffle...

DSCN2933-bLes méandres du Rio Mendoza et les Andes.

Et la route n'arrête pas de monter, en décrivant des lacets de plus en plus serrés... Nous arrivons finalement à Uspallata, localité de 3.200 habitant située à 1.751 m d'altitude. Ce gros village n'offre aucun cachet particulier, il n'est que la dernière agglomération argentine quelque peu importante avant la frontière chilienne, et concentre à ce titre de nombreux routiers. Il est également l'un des points de contrôle favoris de la police, et nous n'échappons pas à la règle. La route est boueuse, les maisons sont faites de bric et de broc, et couvertes de tôle, les restaurants sont rustiques... Mais le paysage, lui, est absolument splendide. Sur fond de ciel bleu, les cimes enneigées des Andes sont à portée de main.

DSCN2938-bLa campagne andine à Uspallata.

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Un cheval à
Uspallata.





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Les Andes, qu'on ne
se lasse pas d'admirer.





Passé Uspallata, la route change encore de physionnomie. Les parois de la montagne se resserrent, le Camino de los Andes devient de plus en plus encaissé. Mais la neige n'a pas encore fait son apparition, on ne la voit que sur les cimes. Nous quittons un temps la Ruta nacional 7 (en fait, nous empruntons l'ancienne route, restée à l'état de piste) pour aller à Picheuta, un minuscule lieudit où se trouve un pont ruiné historique. L'Armée des Andes, dirigée par le général José de San Martin, y est passée en 1817 pour bouter l'Espagnol hors du pays... C'est aujourd'hui devenu l'un des hauts lieux de la gesta sanmartiniana, fondatrice de l'Argentine. Les enfants des écoles y défilent, alignés en rang d'oignons.

DSCN2967-bLe vieux pont historique de Picheuta.

DSCN2961-bPerdu au milieu de nulle part, ce bâtiment rappelle l'existence de l'administration argentine à Picheuta.

C'est à cet endroit précis que je vois mon premier condor en Argentine. Il plane très haut dans le ciel, bien trop haut pour que je puisse le prendre en photo. Je me contente d'admirer la façon avec laquelle il utilise les courants d'air chaud, et la majesté de sa trajectoire. Il finit par disparaître derrière une crête. Je verrai d'autres condors tout au long de cette journée, et bien d'autres encore d'ici à la fin de ce voyage.

Après quelques kilomètres, nous retrouvons la Ruta nacional 7, asphaltée, avec grand plaisir. Nous dépassons maintenant les 2.000 m d'altitude.

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Rapidement, la neige devient omniprésente, sur les flancs des montagnes d'abord, puis jusqu'au bord de la route, qui a récemment été déblayée.

DSCN3016-bLe Cerro el Plata (6.100 m) vue de la Ruta nacional 7.

Nous arrivons à la station de ski de Los Penitentes, située à 2.580 m d'altitude. Il s'agit d'une très vaste vallée, qui doit son nom à d'étonnants pitons rocheux ressemblant vaguement à des moines pénitents (les Argentins adorent attribuer une ressemblance à chaque montagne, à chaque rocher...). Nous sommes en fin de saison (c'est déjà le printemps austral ici), et la station est pratiquement déserte.

DSCN3173-bLa vallée de Los Penitentes.

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Dominant la
station, voici les
pitons rocheux
qui ont donné le
nom de Los
Penitentes.





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Démesure des
Andes...






Mais nous n'avons pas encore terminé notre ascension. La route continue de monter, et nous arrivons maintenant à Puente del Inca, minuscule bourgade perchée à 2.720 m d'altitude. La principale attraction du lieu est une arche naturelle qui enjambe le Rio de las Cuevas. Le fer et le soufre dont l'eau est saturée se déposent un peu partout et confèrent à l'ensemble une jolie couleur rouge-ocrée. Selon la légende, un prince inca très malade, de passage dans la région, se trouva arrêté par la rivière ; pour éviter sa mort, ses fidèles firent de leurs corps un pont, qui se transforma par enchantement en pont de pierre ! En fait, bien avant les Incas, ce pont naturel renforcé par l'homme avait déjà été franchi par les indiens Huarpes et Mapuches. En 1925, un hôtel thermal de luxe y fut construit, mais il fut détruit par une avalanche en 1965. Ce sont les ruines de cet hôtel qu'on voit sous le Puente del Inca.

DSCN3052-bPuente del Inca, vue d'ensemble.

DSCN3053-bPuente del Inca, ruines de l'ancien hôtel thermal.

Mais Puente del Inca, c'est aussi un village, avec un chapelle (ancienne dépendance de l'hôtel thermal) écrasée par les Andes, de petits commerces qui vivent du tourisme et même une gare désaffectée du Transandino, qui reliait naguère Mendoza à Los Andes (Chili).

DSCN3043-bLa chapelle de Puente del Inca.

DSCN3061-bLe comedor Roque n'est curieusement pas répertorié dans mon guide...

DSCN3058gare-bLa gare aujourd'hui désaffectée de Puente del Inca.

L'étape suivante est sans doute celle que j'attendais le plus : Sa Majesté l'Aconcagua elle-même ! Il ne s'agit certes pas de l'escalader, mais simplement de l'admirer depuis la route. Pour cela, il faut bénéficier d'un temps très clair, ce qui est précisément le cas aujourd'hui. D'après le guide, il est même rare de le distinguer aussi bien...  (mais peut-être a-t-il dit cela pour me faire plaisir ?). En tout cas, j'ai beaucoup de chance !

Le voici donc, ce toit du Nouveau Monde, qui domine tout le continent américain du haut de ses 6.962 m :

DSCN3074-bL'Aconcagua (6.962 m).
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Les yeux encore émerveillés de ce spectacle, nous poursuivons notre chemin dans un paysage de plus en plus enneigé, sur une route qui ne cesse de monter. Nous dépassons rapidement les 3.000 m d'altitude. Parfois des nuages, pourtant peu fréquents, croisent notre chemin.

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Nous arrivons enfin au poste frontière de Las Cuevas, à 3.112 m d'altitude, où une barrière douanière nous empêche d'aller plus loin. Face à nous se trouve le tunnel, long de 3 km, qui conduit au Chili.

DSCN3104-bLe poste frontière de Las Cuevas.

Durant l'été austral, il est possible à partir de ce point de gravir une route de 8 km qui conduit au Cristo Redentor, une statue de 7 m qui domine les versants argentin et chilien, à 4.200 m d'altitude. Mais en ce mois de septembre, la route est impraticable et fermée...

Nous redescendons au village de Las Cuevas, à quelques kilomètres en contrebas du tunnel, au sud de la Ruta nacional 7, et y déjeunons dans une gargotte qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.

DSCN3110-bLas Cuevas, ultime village argentin avant le Chili.

Mais il est déjà plus de 15 heures, il nous reste maintenant à redescendre doucement vers Mendoza, en revoyant au passage tout ce que nous avons déjà admiré ce matin. Nous apercevrons en ce faisant plusieurs condors, dont un particulièrement grand. Je ne reprendrai l'avion pour Buenos Aires que demain soir, il me reste donc presque une journée à Mendoza pour me reposer de cette escapade magnifique mais fatigante dans les Andes.

DSCN3205-bLa descente de la Ruta nacional 7 vers Uspallata et Mendoza.

Le prochain article de ce blog sera conscacré à une tout autre région de l'Argentine. Nous irons en effet à Puerto Madryn, au nord de la Patagonie, près de l'Atlantique sud et de la Réserve faunique de la Péninsule Valdés.

Publié dans Régions naturelles

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YC 18/04/2010 18:18


Merci pour ce superbe voyage .
Amicalement
Yves


Jean-François 18/04/2010 21:28



Merci pour ce commentaire.


Amicalement,


Jean-François.



anika 27/03/2010 14:18


je suis tout simplement émerveillée ! c'est fou comme c'est beau et surtout c'est fou comme ce blog est bien construit et beau !
Je pense que tu as un don, et surtout que le gout des voyages font qu'on voyage en même temps de que dans ce monde merveilleux que tu nous fais découvrir !
Merci à toi ! vraiment !


Jean-François 27/03/2010 18:22


Merci beaucoup, Anika !

Bientôt, tu vas toi aussi pouvoir faire beaucoup de photos au Canada.

Bien amicalement.


demarsy 27/03/2010 14:15


génial ce blog trop trop beau ! ce n'est que plaisir à lire !!merci à toi