Le Lago Argentino

Publié le par Jean-François

DSCN6046-cIcebergs dérivant sur les eaux bleu turquoise du Lago Argentino.

 

Vendredi 2 et samedi 3 octobre 2009.

 

Avec l'aide d'une agence locale, j'ai choisi d'aller découvrir aujourd'hui le glacier Perito Moreno, joyau du Parque nacional Los Glaciares, puis d'aller naviguer demain sur les eaux bleu turquoise du Lago Argentino. Voilà pour le programme.

 

Avec ses 1.600 km2, le Lago Argentino est le 3e lac d'Amérique du Sud. Il est constitué de plusieurs bras qui finissent les uns et les autres par rencontrer un glacier descendant des Andes. Les plus célèbres sont les glaciers Upsala, Spegazzini et bien sûr Perito Moreno.

 

On m'avait prévenu : le temps est souvent très différent entre El Calafate et le Parque nacional Los Glaciares. Au départ, le ciel est plutôt dégagé sur la ville. A droite de la route n°11 qui conduit au Parc, on peut admirer les eaux bleu turquoise du Lago Argentino. D'énormes témpanos (icebergs) dépassent ça et là de la surface de l'eau. Très haut dans le ciels, des condors d'une taille impressionnante nous ignorent superbement, je suis étonné d'en voir autant ! Nous observons également de gros rapaces appelés caranchos (de la famille des faucons), des bandurrias (ibis) et, traversant la route, quelques renards de Patagonie. Mais à mesure que nous avançons, le temps se couvre, l'eau du lac vire du turquoise au gris et les températures baissent sensiblement.

 

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  La nationale n°11 conduisant au Parque nacional Los Glaciares.

 

L'horizon est de plus en plus bouché, les montagnes sont dissimulées par la grisaille. Dès l'entrée du Parc, le temps se gâte sérieusement et tourne au crachin. Malgré tout, les paysages restent d'une étrange beauté, irréelle et dépouillée, je me sens dans un autre monde...

 

DSCN5176-aLe Parque nacional Los Glaciares le long du Brazo Rico.

 

Nous continuons notre chemin. Non seulement la pluie s'épaissit, mais il fait encore un vent glacial. Depuis le pemier mirador du Parc, le Perito Moreno est à peine visible, je dois renoncer à le prendre en photo. J'avoue que ma déception est grande, tant de kilomètres parcourus pour ça... Quelques minutes plus tard, à Puerto bajo de las Sombras, j'embarque sur un catamaran pour approcher la face sud du glacier. Mais là encore les conditions météorologiques sont épouvantables. A l'intérieur du bateau, la vue est occultée par la buée ; à l'extérieur, sur le pont, il est impossible de tenir plus de deux minutes, tant la pluie et le vent sont incisifs. Je prends quand même quelques photos, mais la lumière fait cruellement défaut, et seuls les plans rapprochés sont possibles.

 

DSCN5208-bLa face sud du Perito Moreno, vue du Lago Argentino.

 

Malgré la pluie, le spectacle est impressionnant. La falaise de glace dépasse souvent les 70 m de haut, à côté d'elle le catamaran semble être un minuscule insecte. Et puis, il y a cet extraordinaire dégradé de bleu, qui va du turquoise à l'outremer, en passant par toutes les teintes intermédiaires...

 

Mais l'heure a tourné, et il est temps d'aller déjeuner. Près du Perito Moreno, il y a un snack épouvantable, où je me réfugie cependant de la pluie et du froid. En sortant de ce "piège à touristes", je m'aperçois qu'un petit miracle s'est produit : la pluie s'est transformée en neige, et du coup toute l'ambiance s'en trouve changée. Je pars à la découverte du glacier, grâce aux passerelles de bois qui ont été aménagées tout autour, à quelque 300 m des parois les plus proches. Le spectacle est grandiose... et j'en oublie le froid intense.

 

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Le Perito Moreno sous la neige.

Averse de neige sur le Glacier Perito Moreno 

 

DSCN5385-bLa face nord du Perito Moreno, vue des passerelles.

 

DSCN5293-bDégradés de bleu...

 

Le Perito Moreno est immense, il s'étend sur 30 km dans le sens de la longueur, avec deux "falaises" (faces nord et sud) de près de 5 km au total. Il couvre 250 km2, presqu'autant que l'agglomération de Buenos Aires. Il porte le nom du naturaliste qui l'a découvert, l'expert (Perito) Francisco Pascasio Moreno. L'incroyable couleur bleue est due à la présence de bulles d'air emprisonnées dans la glace ; celles-ci, en fonction de la densité de la glace, réfléchissent des rayons de lumière de plus ou moins grande longueur d'onde, blancs ou bleus. En quasi permanence, le Perito Moreno craque et gronde ; fréquemment, des blocs de glace se détachent et s'effondrent dans l'eau, générant de grosses vagues dans un vacarme assourdissant. On appelle cela un desprendimiento. On prend alors conscience que ce glacier est un être vivant, en perpétuel mouvement...

 

Le retour à El Calafate est plutôt long et ennuyeux, la neige a blanchi les montagnes et les bas-côtés de la route, et la vue est complètement bouchée. Lors du passage devant le mirador, le Perito Moreno est cette fois totalement invisible !

 

 

Le lendemain, le départ a lieu dès 7h15. Soleil et ciel bleu sont au rendez-vous, le temps est cette fois beaucoup plus clément qu'hier, que ce soit à El Calafate, sur la route ou dans le Parc. A nouveau des condors et d'autres animaux sauvages se manifestent. Un peu avant 9h, j'embarque à Punta Bandera dans un grand catamaran, pour une croisière sur le Lago Argentino qui durera toute la journée. Du fait de la lente fonte des blocs de glace, l'eau est d'un bleu laiteux tirant sur le turquoise, ce qui confère à ce lac une ambiance presque surnaturelle.

 

Lago Argentino

 

Lago ArgentinoUn catamaran vogue sur les eaux bleu turquoise du lac.

 

Le but de cette superbe excursion, outre les paysages, ce sont bien sûr les glaciers. Nous nous engouffrons dans le Brazo Norte, en direction du glacier Upsala. Rapidement, d'énormes témpanos (icebergs) à la dérive apparaissent, de plus en plus impressionnants et de plus en plus nombreux. Certains sont vraiment gigantesques. Le bateau louvoie entre eux, parfois très lentement pour mieux les éviter. Le spectacle est absolument époustouflant, irréel, et on se sent tout petit face à ces monstres de glace.

 

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  Les icebergs du Lago Argentino.

 

Mais la densité exceptionnelle de ces icebergs nous empêche de nous approcher de près du glacier Upsala, et nous ne le verrons malheureusement que d'assez loin. C'est le plus vaste de tous, il couvre 595 km2 et a un front de 7 km !

 

DSCN5746-b.jpgLe glacier Upsala.

 

De même, une courte promenade à pied prévue dans la forêt de la péninsule d'Onelli est annulée, trop d'icebergs empêchent le passage du bateau. Mais en remplacement, nous irons admirer cet après-midi la face nord du glacier Perito Moreno.

 

Nous poursuivons notre exploration du Brazo Norte, et cette fois nous pouvons nous approcher du glacier Spegazzini. Si sa surface est relativement modeste (66 km2), il est celui dont le front glaciaire est le plus élevé : jusqu'à 130 m ! C'est également, à mon sens, l'un des plus beaux glaciers du lac.

 

DSCN5898-bLe glacier Spegazzini.

 

DSCN5897-bLe front glaciaire du Spegazzini.

 

Dans l'après-midi, nous rebroussons chemin, et nous dirigeons vers le Canal de los Témpanos, de façon à aller admirer la face nord du Perito Moreno. En cours de route, nous croisons encore de magnifiques icebergs.

 

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Puis nous arrivons enfin au "joyau" du Parque nacional Los Glaciares, le fameux Perito Moreno.

 

DSCN6105-bVue d'ensemble du front glaciaire nord du Perito Moreno.

 

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Un catamaran

devant le

Perito Moreno.

 

 

 

 

 

 

 

 

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La face nord

du Perito Moreno.

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Perito MorenoLe Perito Moreno, détail du front glaciaire.

 

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Lorsque le bateau rebrousse chemin, je ne peux m'empêcher de jeter un dernier regard admiratif sur cette merveille de la nature, qui brille de mille feux au soleil.

 

DSCN6307-bUn dernier regard sur le Perito Moreno...

 

Et nous regagnons doucement Punta Bandera.

 

DSCN5717-bSoleil rasant sur les icebergs et les montagnes lors du retour à Puerto Bandera.

 

Après cette belle journée passée sur le Lago Argentino, il est maintenant temps de retourner à El Calafate. L'arrivée à la ville est marquée par la présence d'un condor d'une envergure impressionnante (plus de 2 m), qui plane dans le ciel au-dessus des faubourgs.

 

Demain matin de bonne heure, je dois prendre un bus régulier qui me conduira à la frontière chilienne, et de là au Parque nacional Torres del Paine. Ce sera le sujet des prochains articles de ce blog.

 

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Publié dans Parcs nationaux

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YC 21/05/2010 08:47



C'est superbe cette glace bleue .Il faudrait bien que je programme ce voyage --- avant le rechauffement climatique ..!!


Yves



Jean-François 21/05/2010 13:57



Oui, dans le métro à Santiago, il y avait une campagne d'affichage organisée par Greenpeace, qui montrait l'état des glaciers patagons vers 1920. C'était particulièrement parlant... Nul ne sait
ce qu'il restera de ces glaciers dans 20 ou 30 ans.


Merci de ta visite.



philib 09/04/2010 13:54


Je ne peux décrocher mon regard de ces paysages grandioses... de tels splendeurs on n'y croit pas ! et pourtant.... merci beaucoup pour ces photos incroyables de beautés et les explications
intéressantes qui les accompagnent... BRAVO


Jean-François 09/04/2010 14:51



Merci beaucoup, Philib, pour ce commentaire ! Oui, je confirme que cette nature extrême dépasse les limites de l'imagination. Même sur place, on a du mal à y croire... Cette région est restée
très longtemps à l'écart de toute activité humaine, et ça se voit. Même si les scientifiques commencent à tirer le signal d'alarme : à l'exception du Perito Moreno, tous les glaciers
perdent régulièrement du terrain... Bonne journée.