D'El Calafate au Parc national Torres del Paine

Publié le par Jean-François

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Le massif du Paine après le passage d'une averse de neige.

 

Dimanche 4 octobre 2009.

 

Ce dimanche matin est consacré à mon voyage jusqu'au Chili. A 8h, je suis au terminal routier d'El Calafate, mon bus pour Puerto Natales part à 8h35. Il y a 357 km de route et de piste en vue, dont un tronçon de la mythique Ruta 40, non asphaltée. La plupart des passagers sont Argentins ou Chiliens ; il y a aussi quelques jeunes routards, des Américains et des Israéliens pour la plupart, et un jeune Turc à mes côtés. Nous partons précisément à l'heure prévue. Nous traversons El Calafate par l'Avenida del Libertador General San Martin, et j'en profite pour jeter un dernier coup d'oeil sur le Lago Argentino, d'un bleu turquoise très soutenu ce matin. En fait, nous allons longer ce lac assez longtemps encore, par la route n°11. Le reste du paysage n'est constitué que de la steppe patagone, parsemée d'arbustes épineux. A l'horizon, à droite de la route, on distingue les cimes enneigées des Andes. Le temps est un peu couvert, mais il ne pleut pas. Ici et là paissent quelques moutons et, plus rarement, des vaches de race hollandaise. Les bords de la route, plutôt étroite mais en excellent état, sont jonchés de chapelles dédiées à la Difunta Correa et au Gauchito Gil, comme un peu partout en Argentine.

 

Mais le temps change, il devient de plus en plus couvert, il semble même qu'il neige sur les Andes. Passé le croisement avec la route d'El Chaltén, le Lago Argentino disparaît définitivement, et il se met à pleuvoir. La route commence à monter, et la pluie se transforme très vite en neige. La steppe devient toute blanche. Nous nous trouvons rapidement pris en pleine tempête de neige, je remarque que de petits paquets de glace s'accumulent sur le pare-brise du bus. Le chauffeur reste imperturbable. Après pas mal de kilomètres dans ces conditions, nous rattrapons la Ruta 40, qui n'est en fait qu'une piste non asphaltée. Nous croisons assez souvent des choiques (nandous), qui traversent la route en criant. Nous sommes maintenant partis depuis deux heures environ, et la route se met à redescendre. La neige cesse de tomber. A droite, les Andes chiliennes sont de plus en plus proches, et l'on commence même à deviner le massif du Paine et ses célèbres Torres (tours).

 

DSCN6354-bLe massif du Paine à l'horizon, sur la route du Chili.

 

Un peu de ciel bleu apparaît entre les nuages. Nous nous arrêtons quelques minutes au relais de l'Estancia Tapi Aike, pour changer de chauffeur. C'est maintenant un Chilien qui prend le volant. Après cet arrêt, nous retrouvons la route asphaltée, et remplissons les papiers qu'on nous a distribués pour la douane. Le paysage devient beaucoup plus montagneux, et je vois quatre condors survoler la route. Les arbres ont des formes torturées, signe que le vent est fréquemment violent par ici. Nous passons par la ville minière (charbon) de o Turbio, où nous faisons un arrêt pour prendre des passagers. Il se met à tomber de la neige fondue. Le paysage est très industriel, il y a partout des entrées de mine, et des panneaux indiquant les différents yacimientos (gisements). Nous arrivons au paso frontero Dorotea, et faisons une queue interminable à la douane argentine pour obtenir le tampon de sortie sur le passeport. Partout, des panneaux affirment avec ostentation que les Malouines sont argentines, las Malvinas son Argentinas... Quelques centaines de mètres plus loin, nouvelle queue et nouvelles formalités à la douane chilienne, sous une neige de plus en plus drue.

 

Cette fois, ça y est, je suis au Chili ! Je n'avais pas prévu d'y entrer sous une tempête de neige, tout est blanc ici... Mais finalement cela ne manque pas de charme ! Après la frontière, la route conduit directement à Puerto Natales, modeste bourgade dans laquelle je passerai quelques jours, à mon retour du Parc national Torres del Paine. Conformément à un accord passé avec une agence française, un chauffeur m'attend pour m'emmener au Parc. Je suis très surpris d'apprendre qu'il y a encore deux heures de piste pour y parvenir ! A mesure que nous nous dirigeons vers Torres del Paine, le temps se couvre. Nous croisons en chemin un gaucho (appelé huaso, ici au Chili), et je ne peux m'empêcher de le prendre en photo. Il est en plein travail (une vache est tombée dans un fossé), ne semble pas apprécier outre mesure ma présence, et grommelle dans sa barbe quelques mots que je ne cherche pas à traduire...


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Un gaucho chilien peu avant l'entrée du Parc national Torres del Paine.

 

Nous arrivons à l'entrée du Parc, où l'on me remet notamment une plaquette éditée par la Conaf (Corporación Nacional Forestal). J'y apprends que le Parc a été créé en 1959, qu'il a été déclaré Réserve de la biosphère par l'Unesco en 1978, et qu'il couvre plus de 240.000 ha ! Le ciel est très chargé, les nuages dissimulent le haut du massif du Paine.

 

DSCN6365-bLe massif du Paine et le Lago del Toro.

 

En raison du froid qu'il fait, j'imagine qu'il va bientôt se remettre à neiger. Malgré tout, la lumière est très belle. La surface des eaux du Lago del Toro, que nous longeons, oscille du bleu gris au turquoise, c'est magnifique !


DSCN6363-bLes couleurs du Lago del Toro.

 

Je m'installe à l'hôtel, idéalement placé en plein milieu du Parc. De la fenêtre de ma chambre, je vois le Glacier Grey  et tout le massif du Paine ! Une passerelle de bois conduit de l'hôtel à la grève du Lago Grey, c'est vraiment un endroit merveilleux... Je ne peux m'empêcher d'aller m'y promener, même si je sais qu'il ne va pas tarder à neiger. Quel privilège d'avoir cette nature magnifique pour moi tout seul !

 

DSCN6530-bLa grève du Lago Grey et les méandres du o Grey. Derrière la neige qui tombe, on devine le massif du Paine.

 

La lumière rasante dans la neige créé une atmosphère assez extraordinaire.

 

DSCN6534-bLumière rasante et neige mêlées au-dessus du Lago Grey.

 

La neige arrive effectivement, et la visibilité devient presque nulle pendant quelques minutes. Mais je suis bien couvert, et j'attends patiemment que ça se passe. Assez rapidement, le ciel s'éclaircit et le soleil refait son apparition. La température étant légèrement positive, la neige n'a pas tenu sur le sol.

 

DSCN6411-bAprès la neige, le ciel se reflète dans les flaques d'eau...

 

DSCN6479-bLe massif du Paine, vu du o Pingo.

 

DSCN6485-bLe massif du Paine après le passage de la neige.

 

L'air est maintenant cristallin, comme lavé par la neige. Je distingue enfin les cimes de ces montagnes aux formes surprenantes, fruit de la tectonique des plaques et de l'érosion. Je suis ravi d'avoir assisté à cette averse de neige, et aux changements de lumière et de couleurs qui en sont nés. Surtout, je m'imprègne de l'ambiance magique, quasi irréelle même, des lieux. Les montagnes déchiquetées et tourmentées font qu'à certains moments ce parc ressemble un peu au gigantesque décor d'un film de science-fiction !

 

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De retour à l'hôtel, je contacte un jeune guide, qui m'emmènera demain découvrir divers secteurs du Parc. Ici, il n'y a pas de prévisions météorologiques, le temps est par trop incertain... On dit qu'en Patagonie australe les quatre saisons peuvent parfois se succéder en une seule journée ! Dès la nuit tombée, je scrute le ciel : il est parfaitement clair et étoilé ; des Chiliens me montrent d'ailleurs la Croix du Sud (Cruz del Sur) et le Centaure (Centauro), que je distingue parfaitement. Je m'endors en croisant les doigts pour que ce temps dégagé se maintienne...

 

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Publié dans Parcs nationaux

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