Puerto Madryn, en Patagonie atlantique

Publié le par Jean-François

DSCN3638-bLa plage de Puerto Madryn.

Samedi 26 septembre 2009.

La nuit a été courte ! Je suis rentré de Mendoza hier, et ne suis arrivé à Buenos Aires qu'à 23 heures. Et ce matin, un taxi est venu me chercher à l'hôtel à 4h25... La route qui conduit à l'Aeroparque (l'aéroport des lignes intérieures) longe le Rio de la Plata. De nuit, tous les fanaux sont allumés, ce qui donne à la côte un petit air de fête. Je dois prendre un vol à 6h25 pour Trelew, dans le nord de la Patagonie, à 1.400 km au sud de Buenos Aires. En fait, la destination finale est El Calafate, en Patagonie australe, mais l'avion fait escale à Trelew, où je descendrai. Le vol affiche pas mal de retard, et quand je pose des questions à ce sujet, on me répond d'un air entendu : ¡ Es Argentina ! (c'est l'Argentine). Ce qui, ici, vaut toutes les explications du monde... Finalement, ce retard m'arrange plutôt, car cela nous permet de survoler le Rio de la Plata de jour.

DSCN3360-bDécollage de Buenos Aires et survol du Rio de la Plata.
A gauche, on distingue les pistes de l'Aeroparque.

Dans l'avion, je suis frappé par le nombre important de personnes rousses à la peau claire, qui parlent pourtant un espagnol impeccable avec l'accent argentin. Ce sont bien des Argentins, mais d'origine galloise. En 1865, les indiens Tehuelches de ce nord de la Patagonie virent débarquer sur leurs côtes 150 immigrés gallois, qui fuyaient la pauvreté de leur pays et la répression anglaise. Les relations entre les Tehuelches et ces Gallois furent excellentes, et ces derniers se maintiendront en Patagonie où ils feront souche. La culture galloise est d'ailleurs encore de mise dans cette région perdue de l'Argentine.

Le vol s'achève, et la descente sur la Patagonie est étonnante, surtout lorsqu'on arrive des Andes : ici, il n'y a strictement aucun relief, ce n'est qu'une steppe plate et aride, traversée de routes ou de pistes tracées au cordeau, et qui a pour seule limite l'océan Atlantique. On comprend que l'homme, en dehors des indiens, n'y ait pratiquement pas mis les pieds avant la fin du XIXe siècle ! L'aéroport de Trelew est minuscule, et dès la descente de l'avion, je suis assailli par un vent glacial à "décorner les vaches". Lorsque je veux récuper ma valise, elle manque ! Elle a semble-t-il été mélangée avec les bagages qui continuent la route jusqu'à El Calafate. Un employé retourne la chercher et la trouve, ouf ! Mais cela prend une bonne demi-heure, ce qui retarde d'autant le décollage de l'avion. Mais ici, ce n'est pas grave, es Argentina...

De l'aéroport de Trelew, je dois prendre un taxi pour aller à Puerto Madryn, à une soixantaine de kilomètres plus au nord. La route est droite comme un i, et vraiment très monotone. A gauche la steppe, à droite la steppe... Une steppe plate, couverte à perte de vue d'arbustes épineux rabougris, et seulement égayée ici ou là par de rares moutons en liberté, l'unique richesse de la région.

DSCN4008-bLa steppe patagone, près de l'Atlantique.

Ma première impression de la Patagonie atlantique rime ainsi avec déception. Je ne peux m'empêcher de comparer ces steppes ventées avec les paysages merveilleux que j'ai vus dans les Andes. Mais les premières impressions sont parfois trompeuses : cette région est en fait extraordinaire, et je m'y attacherai très rapidement !

Soudain, une mer bleue apparaît à l'horizon, et en même temps une petite station balnéaire d'aspect assez hétéroclite, c'est Puerto Madryn. La ville a été fondée en 1886 par les colons gallois, et doit son nom à Love Jones Parry, baron de Madryn. Elle resta cependant à l'état de bourgade fort longtemps. Ce n'est qu'à partir de 1970, avec l'implantation d'une usine d'aluminium (Aluar Aluminio Argentino) que sa population explose. De 20.000 âmes en 1980, la population a aujourd'hui dépassé les 60.000 habitants. Parallèlement, Puerto Madryn est devenu une station balnéaire très appréciée des Argentins, notamment durant les vacances de l'été austral, en janvier-février. Mais Puerto Madryn, c'est surtout la porte d'entrée à la Réserve faunique de la Péninsule Valdés, qui fera l'objet du prochain article de ce blog. Aujourd'hui, nous allons nous attacher à découvrir cette petite ville.

DSCN3484-bVue générale de Puerto Madryn, depuis la jetée.
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La ville s'étale autour d'un golfe naturel, le Golfo Nuevo, ouvrant sur l'Atlantique, appelé ici Mar Argentino. En ce mois de septembre, le vent y est glacial et d'une force étonnante. Ce qui a notamment pour effet de rendre le temps très changeant, mais de très belles éclaircies apparaissent cependant entre les nuages. Dès qu'un rayon de soleil apparaît, je pars à la découverte de la ville ; mais dès qu'il disparaît je me précipite dans un des nombreux cafés de la costanera (front de mer) pour y prendre une boisson bien chaude. A ce rythme, je vais me ruiner en cafés ou en chocolats !

Le point le plus central de la ville, c'est bien sûr la Plaza San Martin, comme à peu près partout ailleurs en Argentine. Elle est de dimensions plutôt modestes, et ornée en son centre d'un buste du Libertador.

DSCN3562-bLa Plaza San Martin.

DSCN3560-bDSCN3559-bAucun doute n'est permis, nous sommes bien en Argentine !

L'architecture de Puerto Madryn n'offre aucun caractère particulier : ce n'est qu'un amoncellement de bâtiments fonctionnels ou commerciaux, souvent rehaussés de couleurs vives et hérissés de panneaux publicitaires. Au mois de septembre, les rues sont quasi désertes, c'est la basse saison touristique.

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Les rues du "centre-ville"
de Puerto Madryn.






















Comme la plupart des villes de Patagonie, Puerto Madryn s'est développé très rapidement, et d'une façon très anarchique, un peu comme autrefois les villes-champignons du far west nord américain. Dans les rues, il règne encore une ambiance pionnière. La plupart des habitants ne sont pas natifs de la ville ou de la région, mais plutôt du nord du pays (Buenos Aires, Cordoba, Rosario, Santa Fé etc.), ils sont venus ici pour "faire des affaires" et s'enrichir. La ville est en pleine explosion, partout, des immeubles sont en construction, la main d'oeuvre étant le plus souvent bolivienne. Outre l'usine d'aluminium et le port, la grande ressource locale c'est le tourisme, et toutes les activités qui gravitent autour.

Lorsqu'on se trouve à "Madryn" (personne ici ne perd son temps à dire Puerto Madryn en entier !), on est bien évidemment attiré par la mer. L'activité portuaire y est cependant modeste, elle n'a rien à voir avec celles d'Ushuaia ou de Punta Arenas, comme on le verra par la suite sur ce blog. La costanera permet d'appréhender d'un seul coup d'oeil l'ensemble du Golfo Nuevo. Les immeubles qui y ont été édifiés sont, pour l'essentiel, des complexes hôteliers et des bureaux qui bénéficient d'une superbe vue.

DSCN3544-bLa costanera de Puerto Madryn.

DSCN3549-bNavires accostés le long de la jetée.

Mais ce qui est de loin le plus surprenant, c'est la possibilité de voir des baleines jaillir hors des eaux du golfe depuis la costanera. Il faut savoir être patient, mais on y arrive !

DSCN3550-bDepuis la costanera, on aperçoit parfois des baleines jaillir des eaux du golfe.

Il s'agit de la baleine franche australe, un énorme cétacé atteignant en moyenne une longueur de 12-13 m  et un poids de 35 tonnes. Ces baleines viennent ici au printemps austral pour s'y reproduire. On dénombre environ 700 individus tout autour de la Péninsule Valdés. Le prochain article de ce blog leur sera plus spécifiquement consacré.

Au nord du front de mer, une longue jetée s'enfonce dans le golfe. Il y souffle un vent effroyable, mais le point de vue qui y est offert est admirable.

DSCN3603-bLa jetée.

DSCN3588-bLes pilotis de la jetée.

DSCN3505-bSur la jetée. Le vent est tel que le drapeau argentin reste en permanence à l'horizontale...

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Le Harengus, navire
de pêche (colin, morue,
calmar) de 879 tonneaux.




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Le Prefecto Derbes est
un navire garde-côte de la
Prefectura Naval Argentina.






En cette saison, la plage est bien entendue inapte à la baignade. Mais il est agréable de s'y promener, bien chaussé et chaudement habillé.

DSCN3583-bL'un de ces nombreux chiens errants que l'on peut voir en Argentine court sur la plage.

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Empreintes de mouette et sculptures éphémères sur le sable.

DSCN3632-bLa plage de Puerto Madryn.

DSCN3589-bA la faveur d'un rayon de soleil, la mer se pare d'une teinte bleu turquoise.

Ici s'achève notre visite de Puerto Madryn. Le prochain article sera consacré aux animaux sauvages des réserves voisines de la Péninsule Valdés et de Punta Tombo : baleines, éléphants de mer, manchots de Magellan etc.

Publié dans Villes

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philib 30/03/2010 11:50


Quel voyage ! et depuis mon salon... un privilège de pouvoir partir grâce à toi aussi loin, j'adore ce pays sans le connaitre ! ce reportage très intéressant nous met en haleine et nous donne
vraiment envie de partir ... merci beaucoup pour ces belles images, peut-être un jour je serai aussi là-bas ! bonne journée.


Jean-François 30/03/2010 13:18


Merci beaucoup, Philib, pour ce commentaire !

Si j'ai réussi à te communiquer mon envie de partir, alors je suis ravi ! Un voyage, on le vit trois fois : en le préparant, en le faisant puis en en parlant autour de soi au retour. C'est ce que
je fais avec ce blog. Mais j'ai déjà envie de repartir...

Bonne journée.