Zoom sur une photo : le Perito Moreno sous la neige

Publié le par Jean-François


Lorsqu'on rentre de voyage, et qu'on consulte ses photos, aussi nombreuses soient-elles, une foule de détails et de sensations remontent toujours à la surface. Il est ainsi pratiquement possible de se remémorer les conditions précises dans lesquelles chaque photo a été prise...

 

Tout en me faisant cette réflexion, je me suis dit qu'il serait sans doute intéressant de raconter dans de petits articles les circonstances exactes et l'état d'esprit dans lesquels certaines photos qui m'ont marqué ont été prises.

 

J'ai choisi de classer ces articles dans la catégorie "Zoom sur une photo".

 

Pour commencer, j'ai envie de parler d'une photo du Glacier Perito Moreno, sur le Lago Argentino. Ce jour-là, le temps était épouvantable, une pluie fine et drue balayait tout le lac et en bouchait inexorablement l'horizon. Un vrai temps de Patagonie ! A quelques centaines de mètres seulement, le glacier était absolument invisible... J'avoue que j'étais ulcéré d'avoir parcouru tant de kilomètres pour un si piètre résultat... Le Perito Moreno était pour moi l'un des buts essentiels de mon voyage, et voilà qu'il m'était confisqué par cette pluie stupide ! Etre allé en Patagonie sans avoir vu le Perito Moreno, c'est un peu comme être allé à Paris sans avoir vu la Tour Eiffel... En plus, la température était redoutablement basse, j'avais l'impression que mes oreilles allaient tomber en morceaux, et les crevasses de mes mains saignaient sous les gants. De guerre lasse, je me suis refugié dans le snack du Parque Nacional Los Glaciares, un endroit regrettable mais cependant à peu près chauffé.

 

Après un repas infect et un café insipide, je ressors tout de même du snack, résolu à affronter toutes les rigueurs du climat patagon. En passant devant une boutique de souvenirs, je fusille du regard un poster représentant le Perito Moreno tout étincelant sous un soleil radieux. Dehors, la pluie a cédé le pas à la neige, ce qui n'arrange vraiment rien ! Tout juste aperçoit-on les barrières du parking, à une dizaine de mètres seulement... Je me dirige tout de même vers les passerelles qui ont été aménagée autour du glacier, pour tenter d'entrevoir "quelque chose".

 

C'est là que se produit un miracle, digne pour moi de l'ouverture de la Mer Rouge au temps de Moïse : alors que je titube sur une passerelle verglacée, une brêche s'ouvre dans la neige et le Periro Moreno apparaît soudain, dans toute sa splendeur ! Un alignement de gigantesques cristaux bleutés, hauts de 70 m, forme une falaise aussi impressionnante que surréaliste. En amont, des millions d'autres blocs de glace soudés entre eux s'étendent à l'infini, jusqu'à se confondre avec le plafond neigeux. La surface du lac est d'un vert laiteux. Les couleurs sont irréelles, la neige reste en suspension, créant une sorte d'écrin autour du glacier... Je ne suis plus sur ma planète, mais dans un univers étrange où tout devient possible...

 

Averse de neige sur le Glacier Perito MorenoLe Perito Moreno sous la neige.


Du coup, je ne regrette plus du tout les milliers de kilomètres que j'ai parcourus. Le spectacle que j'ai sous les yeux n'a pas de prix, il justifie tous les sacrifices, toutes les concessions... C'est l'un de ces instants rares et extrêmes que tout voyageur recherche. Mais ce spectacle sera très fugitif, la brêche ne tardera pas à se refermer sur le glacier, le rendant à nouveau invisible, bien que très proche pourtant...

 

Le lendemain, j'aurais l'occasion de revoir le Perito Moreno dans des conditions climatiques beaucoup plus favorables, optimales même. Mais c'est cette image fugitive, cette ambiance étrange et fantasque, qui me vient aujourd'hui à l'esprit lorsque je pense au Perito Moreno. Et c'est aussi l'un des points forts de mon voyage en Patagonie.

Publié dans Zoom sur une photo

Commenter cet article